Les différents fronts du féminisme : l’intersectionnalité comme arme

Le 24 novembre dernier, des milliers de manifestant.e.s se sont réuni.e.s à Bruxelles pour dénoncer les violences faites aux femmes. La mobilisation nationale, organisée par la plate-forme Mirabal Belgium, regroupait des dizaines d’associations féministes. Avec le mauve à l’honneur, couleur emblématique de la lutte féministe, banderoles, pancartes et slogans envahissaient les rues de Bruxelles. Ce qui y était dénoncé? Féminicides, agressions physiques et verbales, traumas psychologiques, sévices de genres, inégalités institutionnelles, déficience des mesures gouvernementales pour contrer toutes ces violences. Les enjeux sont considérables, et pourtant encore invisibilisés.

Alors que des slogans comme « Pas d’violeurs dans nos quartiers, pas d’quartier pour les violeurs! » se rapportaient directement à l’agression des femmes, j’ai été (agréablement) surprise d’entendre aussi des « Plus de meufs, moins de keufs! » et des « An-anti, anti-capitalistes! ». Je me suis alors posé la question : contre quoi faut-il vraiment se positionner pour dénoncer les violences faites aux femmes? Devons-nous nous concentrer sur certaines luttes pour faire avancer la cause sociale ou pouvons-nous simultanément combattre toutes les formes d’oppression?

Il est vrai que même à l’intérieur de la lutte féministe, contrer les discriminations hommes-femmes, même si indispensable, ne suffit pas. En ce sens, le féminisme intersectionnel représente un moyen de contestation contre toutes les formes d’oppression. La manifestation contre les violences faites aux femmes revendique ainsi une lutte cohérente et efficace, contre tout un système autoritaire. Le patriarcat incarnant une forme de hiérarchisation de la société, il côtoie d’autres figures répressives de l’État capitaliste : la répression de classe, à travers le sexisme, le racisme, l’exploitation, le chômage, etc. s’euphémise derrière un discours légitimant les soi-disant ordre et sécurité sociale actuels.

À titre d’exemple, la question du port du voile chez les femmes musulmanes, particulièrement en France, pervertit celle de la laïcité en créant l’injonction de choisir « pour ou contre le foulard ». L’instrumentalisation du débat politique, entretenu par certains médias, contraint la volonté de la femme, musulmane ou non, de disposer librement de son corps. Malgré les valeurs de liberté individuelle que prône la doctrine libérale de notre société capitaliste, il est faux de croire que nous échappons aux obligations imposées par le pouvoir au profit de certaines personnes privilégiées. Dans cet exemple-ci, ce sont des hommes, ainsi que des femmes, d’origines sociales différentes, qui forment la classe privilégiée. Des motivations plutôt xénophobes que féministes semblent animer ces « défenseurs » modernes des femmes « victimes de l’extrémisme islamique ». Cette oppression sexiste, voire paternaliste, du code vestimentaire féminin recoupe d’autant plus celle subie par les femmes qui se sentent contraintes de porter des jupes moulantes, des talons hauts ou du maquillage (bien que ce sentiment ne soit pas partagés par toutes). On ne peut simplement pas qualifier de féministe l’imposition d’une norme genrée, et encore moins le déni de la volonté propre des femmes. On se rappelle à ce propos le slogan des féministes des années 1970 pour les droits contraceptifs « Mon corps m’appartient ».

L’hégémonie sexiste d’un État patriarcal montre également que l’égalité en droit n’est pas l’égalité dans la vie. On ne peut guère s’étonner que les conséquences sociales et économiques que subissent les travailleuses et étudiantes suscitent chez celles-ci un sentiment de rage. L’émancipation des femmes se réduit à gagner progressivement des droits au sein du régime politique actuel, sans abolir la discrimination systémique générale. C’est ainsi que l’adoption de lois interdisant l’avortement dans plusieurs États américains cette année est davantage restrictive pour les femmes à faibles revenus, comptons notamment les femmes de couleur, adolescentes, migrantes et/ou réfugiées. À la phrase de Beauvoir : « On ne naît pas femme, on le devient. », j’ajouterais « On ne naît pas seulement femme. » Les inégalités dans un même enjeu montre l’ampleur de la catégorisation des individus dans notre société en fonction de leur couleur de peau, leur origine, leur genre, leur sexualité, leur revenu, leur handicap… La condition de femme n’est qu’une pénalité de plus dans un système violent. Il faut rendre visible la domination masculine pour l’émancipation des femmes tout comme il faut montrer la domination hétéronormative pour l’émancipation des personnes LGBTQ+.

Enfin, la manifestation n’est pas que symbolique et festive; le rassemblement des masses est nécessaire à la monstration solidaire. L’État tient peu compte de la réalité pour prévenir et lutter contre les violences subies par les femmes. C’est à nous de nous mobiliser! Toutes les voix doivent être entendues, dans la rue, à la maison, à l’école, au travail, au Parlement (sinon on le brûle). L’insubordination féministe n’est pas un complément à la lutte des classes, elle en est partie prenante, partout, tout le temps!

Crédit photo : Féminisme libertaire Bruxelles

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