Climat et justice sociale.

En janvier 2019, et ce jusqu’au mois de juin de la même année, les écolier.e.s/étudiant.es. belges (tant francophones que néerlandophones) se sont levés pour exiger une réelle justice climatique.

Un tel mouvement étudiant ne s’était plus vu depuis les mobilisations contre l’accord de Bologne (enseignement supérieur), dans les années 1990. Il est à noter que les mobilisations climatiques sont en ce sens historiques : il n’y avait jamais eu autant d’actions sur cette thématique, les étudiant.e.s. descendant chaque semaine (le jeudi) dans la rue, plusieurs mois durant.

Il convient de dire deux mots de la situation climatique. Depuis la seconde révolution industrielle, l’industrialisation et la société de consommation capitalistes ont épuisé les ressources terrestres. Que l’on parle de la biodiversité (faune et flore), des populations dites « primitives », des ressources fossiles… c’est à chaque fois le mot écocide (ou génocide) qu’il faudrait employer : en un siècle, il y a plus de consommation énergétique que durant le reste de l’histoire humaine (sans parler de l’histoire terrestre)…

La modernité a un impact tellement élevé et couteux sur les écosystèmes que les climatologues parlent d’une nouvelle période géologique, l’Anthropocène, qui est notre époque. L’homme (avec toutes les critiques que l’on peut émettre envers cette figure gommant la diversité sociale et la différence de responsabilités des différents groupes humains) a tellement modifié l’équilibre du Système Terre qu’il en est devenu une force géologique majeure…

Personne ne peut comprendre ce que signifie de se trouver à ce stade, ni quel sera l’avenir, et l’ampleur des catastrophes (il faut s’éloigner de l’écologie dites des « petits gestes », qui est tout à fait superficielle, et voir le problème de manière structurelle). En effet, si d’urgence nous ne changeons pas la situation, le réchauffement climatique global, qui s’élève aujourd’hui à 1,1° C., ne pourra être enrayé, voire même « maîtrisé ».

Les climatologues donnent comme point repère la température d’1,5° C de réchauffement global, qui est un point limite, un stade de non-retour : contenu sous cette température, les situations géo-écologiques seront stabilisables (mais nous sommes déjà a peu près sûr que nous le dépasserons), mais au-delà de ce stade, des effets rebonds se mettent en place, les boucles de rétroaction (pour donner un exemple : indépendamment de la situation déjà présente, la fonte du Permafrost (couche de terre gelée depuis des milliers d’années, contenant d’énormes quantités de méthane) serait responsable à elle seule d’un réchauffement estimé entre 2 et 4°).

Il est donc clair qu’il ne s’agira pas ici des bonnes volontés de chacun.e.s. (nous serions soit disant tous responsables), mais d’un changement de système de production.

L’enjeu est évident : ne pas contenir le réchauffement global en dessous de trois degrés signifierait très probablement la disparition de la vie humaine, et de l’ensemble du vivant actuel (mais pas de la vie qui elle s’adaptera, comme toujours).

Le constat de cette urgence, beaucoup de jeunes l’ont très bien perçu : c’est de notre avenir qu’il est question, c’est de la possibilité d’un avenir dont il est question.

Ces éléments en têtes, des dizaines de milliers de jeunes et de moins jeunes se sont mobilisés de janvier à juin, chaque semaine, pour montrer leur intérêt et détermination face à ces enjeux.

Au plus fort des mobilisations, il y avait jusque 70 000 étudiant.e.s dans les rues de Belgique.

Un constat s’y est pourtant rapidement établi : ce n’est pas en marchant, même chaque semaine, que la situation pourrait changer.

Après avoir exigé des dirigeants la mise en place d’une loi contraignante sur l’utilisation des énergies fossiles (le GIEC, groupe d’experts sur le climat, préconise une diminution de 60% des émissions de gaz à effet de serre (GES) d’ici 2030 pour respecter le seuil d’ 1, 5° de réchauffement), et s’être rendu compte de son impossibilité (d’un point de vue économique notamment : les capitalistes ne laisseront jamais partir en fumée leurs juteux profits, même pour la conservation de la planète et du vivant), le mouvement s’est rendu compte qu’il devait aller dans d’autres directions s’il voulait obtenir des résultats.

Il est difficile de parler de manière homogène d’un « mouvement climat », tant s’y côtoie des tendances et visions diverses (et des diversités géographiques et linguistiques).

Toutefois, un des évènements étant entré à coup sûr en résonnance est le mouvement des Gilets Jaunes, que ce soit en France ou en Belgique.

Et ce, chez les deux mouvements : les Gilets Jaunes, dans leur compréhension de la nécessité de l’union des luttes, on fait leurs les revendications climatiques de la jeunesse, et les jeunes –dépendant des lieux, les conditions géographiques étant déterminantes- ont ajoutés les revendications sociales des Gilets Jaunes à leur lutte.

En effet, ce constat est écrasant (bien que les élites feront tout pour empêcher sa prise de conscience) : il n’y pas de justice climatique sans justice sociale. Le 1% le plus riche de la population humaine produit la moitié des émissions de GES annuelles (là où les 50% les plus pauvres en produisent… 10%…). De plus, il y a une contradiction fondamentale entre le vivant et l’envie de profit sans fin : une croissance illimitée est infinie dans un monde physiquement fini !

Au fur et à mesure de la progression du mouvement, plusieurs réunions/assemblées ont réunis les différent.e.s. acteur.trice.s. tant climatiques que sociales, faisant ainsi converger des intérêts que l’on pensait distingués depuis fort longtemps… et allant de plus en plus vers la mise en place d’une diversité de tactiques se complétant.

Ce n’est que dans l’union des différents mouvements, sociaux, climatiques, … que nous aurons un espoir de salut : nous nous battons tous contre un seul ennemi, qui est le capitalisme, système de production mortifère tant pour les travailleur.e.s que pour le vivant.

La conjoncture historique dans laquelle nous nous trouvons sera déterminante : soit les différentes luttes convergent et prennent l’ascendant, ouvrant des possibles riches et variés, soit l’écocide en cours se poursuit et plus rien de vivant ne résistera.

Seules les luttes, collectives, pourront être des facteurs influençant l’avenir dans un sens social et écologique.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s